Poèmes, extraits
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Poèmes



 


              

     Ces instants-là

 

     Elle se tient à l’écart de tous les murmures

     Qui sourdent des léprures du temps.

     Elle se tient sur les brisures du seuil, humble, recueillie,

     Pour ne pas  troubler les esprits qui sommeillent.

     Elle se recueille, à genoux, sur des bancs rectilignes.

     Les échardes passées s’enkystent, aiguillonnant sa peau.

     Elle n’a ni cierge, ni flamme, ni prière à offrir

     À un dieu vidé de son sens, condamné à l’oubli.

 

      Soudain, mue par une grâce miraculeuse,

      Elle prend son élan, tend ses paumes ouvertes

      Vers le cercle de lumière blanche qui brise la pénombre,

      Là, au centre, tel un nombril sous la coupole.

      Elle s’élève, légère, fluide, et son envol éthéré

      Brise les lois de la chapelle des Hommes.

      Elle est à l’écart de tous les murmures

      Qui sourdent des léprures de sa vie.


                                                                    



                                  

                            

                                          

                                                

   Elle

 

   Elle est taguée de partout

   Plongée dans les années jusqu’au cou.

   Deux sillons creusent leur étonnement

   Dans le champ mature de ses orages.

   Rires et déboires sont gravés

   Sur le seuil flétri des paupières,

   Volets gonflés de trop plein, rougis.

   Ses yeux, en perte de discernement,

   Sont clos par l’éblouissement du jour.


   Elle est taguée de partout,

   Rongée par une vie sous écrou.

   Un sourire de Mona Lisa détourne l’attention

   On en oublie ses pommettes qui s’affaissent,

   Le menton que la volonté a quitté.

   Son cou croît et décroît au rythme

   De l’émoi de ses hormones.

   Ses mâchoires resserrent leur étau

   Sur les épreuves insuffisamment mâchées.

 

   Elle est taguée de partout.

   D’énormes taches brunes et bistres

   Dessinent la carte du temps

   Sur une peau ravinée par les intempéries.

   Sa tête vissée sur son cou déformé,

   Elle l’a perdue par ondes successives,

   Elle a lâché ses certitudes.

   Allez, faites sans moi, elle a dit…

   Puis s’est retirée dans sa bogue fêlée.

  




                                           


 

      Les penchants du temps...



   Le temps s’étend

   Sans limites.

   Son sable fin se coule

   Dans les creux de nos mémoires.

   Du vide, du néant,

                                   Il est l’exploi-temps.

 

   Le temps glisse

   Le long d’une échelle.

   Nos regards s’élèvent

   Mais il cache bien des secrets.

   Il ignore nos questionnements,

                                   Il est dérou-temps.

 

   Le temps est patient.

   Les astres, les humains,

   L’infiniment grand,

   Les microparticules,

   Le regardent passer

                                   Nu comme un péni-temps.


                                                           





oeuvres de José de Guimaraes

Musée Wurth Erstein